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Mon corps est ma terre et ma tombe : une tombe où je fais des trouvailles : une image, un geste, un visage…Cette richesse, cette vitalité, cette ouverture que tu ressens, c’est ton essence même. Mais ce qui te rends joyeux t’inquiète également. En ton fort intérieur, tu sais que tu ne peux pas communiquer cette essence aux autres. Tu n’es pas libre de révéler qui tu es. Cette faiblesse pourrait te détruire. Tu comprends ce que je dis ? Tu dois révéler ton être. Tu dois te révéler sans inquiétude.Toute cette encre sous l’épiderme aspire à te permettre de devenir toi-même, de nous montrer ton coeur d’enfant, celui que tu offrais au monde avant qu’il ne soit repoussé au fond de ta poitrine, cimenté par cette folie, cette négativité qu’on nous inculque dès l’âge de six ans.
Tu vois ce que je veux dire ? Tes parents avec leur tristesse, leur problèmes et leur pessimisme, tes professeurs, tes semblables ; tous t’ont contraint à te forger une personnalité factice pour affronter le monde. C’est un masque que tu portes, qui finit pourtant par te coller à la peau, et sous lequel souffre ton moi véritable, le petit garçon abandonné. On a tous fait cette expérience qui nous à blessés, déformés. Personne n’y échappe.
“Mais comprenons-nous bien…Ce n’est ni un jeu ni une partie de plaisir. C’est un travail difficile. Ni la vérité, ni le mensonge, mais des images, des moments du corps. On ose enfin… Des sources effervescentes inondent de force une langue lointaine et desséchée.
Je suis sûre que tu t’es imaginé que tu avais affaire à une perverse. C’est ce que tout le monde pense au début, parce que, après des années de répression, tout ce qui est accumulé peut exploser à n’importe quel moment. De fait, il peut se produire de drôles de choses en ce monde, malsaines, perverses, au-delà de ce qui est humainement décent. Pourtant tout se déroule dans la tête des gens. Comprends-moi bien, tout est dans ton esprit. Ces obsessions, cette folies disparaîtront dès que tu seras face aux désirs et aux névroses qui ont façonné ta vie. Tu pourras alors commencer à exister comme un être conscient, éveillé.
Extrait de la nouvelle “Interview” de Thierry Acot-Mirande
Tiré du recueil “Tatouages, une histoire et des histoires”